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                Désseulée je l'étais désormais, où chavirée, flanchée, exaltée, soumise, ma pensée prenait forme dans le délice charnel de nos proses nocturnes. L'amant de Paris. Il avait de l'or dans la bouche, l'amant de paris, la figure sale et dépressive de l'alcoolique politique, clochard à ses heures de revendications, bourgeois de traits pourtant.

    Il lui suffit d'un instant de folie impassible pour asseoir cette puissance hors du commun, me faire jouir de mots ; et je me crispe, je ne fuis pas, ma démarche subit les assauts agités de son charme, elle jubile, excitée de milles vers, des siens et des Autres, peut m'importe, sa lecture n'a d'origine que celle qu'un fascisme ordinaire sévissant dans mes esprits tenterait d'imposer. Je propose mon temps à nos effeuillages à des heures tardives du jour et de la nuit, invitant une nouvelle passion à l'exaltation, frustrée déjà de ne jamais pouvoir en rendre l'authentique exhaustivité.

     

    Levée trop tôt et déjà toute de femme vêtue... Ce matin j'ai du charme, je suis sibylline princesse, sarwell et décolleté, savant mélange de décontraction et de préciosité. Et mes seins sont dignes et hauts de courbes. Ils sont fiers, ces seins. Je suis à demie fardée, car je ne sais pas me maquiller, personne ne s'en amuse, je suis si femme dans ce corps d'enfant, quel cliché d'adolescence ! J'ai des cheveux plein la tête, c'est ma plus belle féminité. Mes cheveux. Ils sont noués, mal noués, noués de côté, je joue avec, souvent, arme indiscutable, soyeux comme le taffetas, respirant le parfum de ma mère, et je tiens à ce parfum comme un unique lien d'apparence mère fille. Ma mère a des traits de visage si inconnus aux miens... Avant tout, ils sont agréables aux yeux, longs et de coupe négligée, natures comme je me représente ce corps  incertain.

    Patienté au guichet, enfin ce billet. Je montais, sibylline princesse, dans un train, traversais la Grande place de la Grande Ville. L'amant de Paris, assis en dessous de Jaurès pour ainsi dire, je veux dire de sa statut,  feignant une attention particulière à son livre, Pierre Choderlos de Laclos et ses liaisons, très dangereuses, affectait de ne pas me voir. Pourtant il est tôt. Et Jaurès ne connaît pas encore les coursives bruyantes et oppressantes du peuple, les enchevêtrements des regards hardis cherchant en cette foule quiconque serait vêtu banalement –et je ne sous-entends rien de péjoratif.

    Tu m'agaces de ton désintérêt, montre moi tes yeux, je ne perçois qu'une barbe et de longs cheveux...-Hey boy. –Hey Girl...

    Il se leva alors, saisit mon corps avec un empressement indéfinissable, il n'y avait pas de violence dans son geste, seule celle de son cœur épris. Dévote acquise en prêtresse assurée, je reconnu là l'étreinte promise à nos jeux de mots nocturnes, pourtant j'eu peur, surprise ou éblouie, je reculai innocemment et incomprise dans un mouvement que je tentais moi-même d'encenser...

                                                                    ***


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