• Ses mots parlent d'amour et ne parlent pas de moi. Il n'y a plus de confusion, de quoi torturer l'esprit et le coeur, il y a désormais la certitude du non-amour. Et ce non-amour grandit à mesure que je conçois envers lui du mépris, seule issue à un amour présent et sensible celui-là, mon amour. Cette confrontation semble insurmontable car elle est silencieuse. Il y a du silence dans mon coeur, du poids sur mes doigts. J'ai la larme derrière l'oeil, affûtée, permanente, tressaillante parfois. Certaines éternités ne sont plus sous contôle, elles n'ont pas de prises sur la larme. Pas même l'éternité que dure une seconde. Mais j'ai le désir de hurler, non de pleurer : je le hais dans son silence, silencieusement.

    Mais quelle erreur d'Aimer quand l'indifférence semble mieux valoir. Laissées dans la bouche de Duras les passions, dans les transports d'Artaud. Me voilà réapprenant à vivre, à manger, à chier, quand il faut désapprendre pour ne pas souffrir. Il me baise, mille baisers dont les tendresses sont feintes et renouvelées. Sous la tente, il me cajole. Reine déchue, je renais maîtresse. Je crois qu'il aime mes hésitations d'abord, mes débuts, nos débuts, nos hésitations. Mais déjà sa maturité soulève mon corps comme jamais : son visage est marqué; la cicatrice ne le dévisage pas, c'est la ride.


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  • Les désillusions. Mes désillusions, c'est un tableau noir où je peins en noir, noir de même substance sur l'infiniment grand de la toile, couleur consubstantielle au peintre, à savoir, Moi. La logique voudrait que la toile soit d'un blanc globalement pur (à mon sens pureté ne représente pas exactement la vertu) et la couleur sur le pinceau globalement moche. Or, le noir est sublime et je n'ai jamais touché à un schéma absolu de vertu. Et la peinture caca d'oie sur ledit pinceau n'est logiquement pas rattachable au peintre, en cela que personne n'en ferait une continuité de soi ; mon noir, c'est un rameau de Moi.
    Si les désillusions prennent appui sur quelque schizophrénie palpable et/ou sur une paranoïa décelée ou arguée (salope) par ma professeure de français, que faire des mots, des mots qui sortent de mon crâne, mal agencés selon cette dernière, fous selon le psychanalyste, et arrogants selon les dires « et je suis malheureux ... malheureux de lire cela, parce que tu VAUX tellement plus, tellement mieux ... cesses de te demander de quel prix tu peux être estimée, toi qui es inestimable ! Cesse de faire des phrases, si élégantes semblent-elles être ! Cesse, je t'en supplie, de te mettre au marché... Et pour cela, cesse de pratiquer cette arrogance "intellectualiste", si trompeuse, si médiocre, quand tu es tellement au-dessus ... ». Alors je n'écris plus, mais je vais m'y remettre parce que j'ai envie d'écrire et de jouer l'intellectualiste dans un monde trop con...
    C'est triste, dit le psychanalyste à propos des écrits.

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    "Les princesses décrites hurlantes et mourantes ont battu à force de mots la putréfaction des sentiments et découvert leurs seins écrasés. La jouissance est douce : que je déteste le corps ou que j'imprime entre lui et mon moi une frontière brutale n'est pas prétexte à mes journées neurasthéniques ; les mots qui s'étiolent, qui violentent et qui disparaissent, voilà qui est cause de mes égarements.
    La princesse se distingue désormais des héros autrefois aimés et joués, tombeau de ses Je. Ses semi rêves lui appartiennent, ils disent leur réalité, l'ont façonnée : ils ont peur d'en être arrachés maintenant.
    Car perversement, la réalité s'agence autour de moi avec plus de force, sinon de violence. Elle veut être partout présente, manger ce qui étonne, ce qui transcende, elle arrache même le plaisir et voilà que je ne sais plus si l'orgasme m'appartient ou s'il m'est ôté par la dépression.
    A cet égard, « bander en somme » (pour la citation, sinon prendre l'équivalent féminin) requiert toute une attention farouchement élevée et amenée à moi : une violence pour en combattre une Autre.
    Si les obstacles cessent d'être mes échecs ; si je refuse l'état de pourrissement sensitif au lieu d'y trouver refuge, je joue le confort d'une stabilité pour la découverte. J'ai choisi que cette découverte s'arrête à mes seins écrasés et peut-être à Vous, les Hommes. Ma stabilité, faisant fi de mes désirs, m'a ravi d'un don que je croyais immuable... J'ai commis une erreur me dis-je.

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    Oubliées les quinze années, oubliée ma tendre curiosité où comme vivre de doux délices semble fléchir sous les moteurs abominables de mes vies. Et s'emmerder ; je m'emmerde dans ma liberté singulière. Plus d'évolution, plus de ravissement, seules les désillusions demeurent et le besoin de toujours plus, alors que j'ai cessé de réfléchir.
    Je ne reconnais pas la nouvelle tristesse ou maturité qui me définie, se nourrissant de cigarettes, de vin, d'herbe et de nourriture. Et ce texte me fait peur dans le fond comme dans la forme.
    Peut-être que je ne veux pas assumer ce tableau semble-t-il, déjà noir..."




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  • Vivre hors de leurs chaînes implique mon étonnement. Toujours croissant. Je suis dans un lit.
    Je me souviens. Je suis sur un matelas couvert de velours court,
    il y a une couette d'hiver (celle que je préfère) et un duvet d'été.
    Toute conjonction favorable à mon délice et à mes découvertes ; égoïstement, les miennes.
    Et elles me disent, ces conventions, dans l'arrêt: tu es jeune et stupide.
    Donc Vos conventions racontent la fragilité de mon savoir-être.

    Mais Vos conventions disent aussi ma haine et la mort de mon insouciance,
    lors même qu'elle m'apparaît un rempart nécessaire.




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